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OUI, IL fAUT TOUT ChANgER à NOTRE ÉCOLE !
                       « Mon hypothèse est que les “savants” ont un accès privilé-
                    gié à de l’information de plus bas niveau, moins transformée,
                    avant qu’elle ne soit assemblée dans des concepts holistiques
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                    et des étiquettes signifiantes . Du fait d’une faille dans l’inhibition
                      descendante, les savants peuvent accéder à cette information qui
                    existe dans tous les cerveaux, mais se trouve normalement sous
                    la réalisation consciente. Cela suggère pourquoi les capacités
                    des  savants  pourraient  émerger  spontanément  chez des  gens
                    normaux, et pourquoi il serait possible de les induire artificielle-
                    ment par une stimulation magnétique transcrânienne à basse
                    fréquence. »

                    Selon Snyder, on pourrait « induire » le syndrome du savant,
                  et l’introduction d’une telle neurotechnologie aurait pour consé‑
                  quence de transformer l’Humanité. Il existe deux grandes forces
                  dans le développement de l’intelligence : l’inhibition et la stimula‑
                  tion. Des chercheurs comme Olivier Houdé pensent à raison que
                  « se développer, c’est apprendre à inhiber ». À la question « Que
                  boit la vache adulte ? », notre cerveau doit inhiber la réponse « du
                  lait », qui  est,  en  lui,  associé à  « vache ». Le développement de
                  l’intelligence chez l’enfant semble procéder du même mécanisme.
                  À l’inverse, le phénomène du savant acquis ressemble à une désin‑
                  hibition.
                    Cela voudrait dire qu’il existe dans notre cerveau un compromis
                  permanent entre inhibition et excitation des populations de neu‑
                  rones : notre cerveau cherche à faire taire les réseaux qui n’ont pas
                  la bonne réponse et à amplifier ceux qui l’ont, et l’apprentissage
                  consiste à distinguer ces deux types de réseaux. Si nous savions à
                  l’avance qu’un réseau a tort et qu’un autre a raison, nous pourrions
                  inhiber l’un et amplifier l’autre par stimulation transcrânienne et
                  accélérer ainsi l’apprentissage, voire « provoquer » le génie.
                    Chaque fois que nous écoutons quelqu’un jouer du piano, il est
                  probable qu’une population de neurones parmi les 86 milliards de
                  notre cerveau sache exactement rejouer ce qu’elle vient  d’entendre.
                  La pratique, les milliers d’heures accumulées par un Mozart ne
                  servent peut‑ être pas à former des neurones au piano, mais à


                    1.  Comme le langage ou la capacité de jouer du piano, par exemple.

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