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LIBÉREZ VOTRE CERVEAU !
                  donner la parole aux bons neurones, parmi toutes les populations
                  possibles. Mathématiquement, il y a 2 à la puissance 86 milliards
                  de populations de neurones possibles dans notre cerveau. Bien sûr,
                  notre boîte crânienne n’a pas un volume suffisant pour brancher
                  toutes les populations possibles entre elles avec des faisceaux de
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                  substance blanche . Mais l’on peut rêver, un jour, d’une commu‑
                  nication neuronale sans fil…
                    Après tout, la possibilité que le cerveau humain abrite du calcul
                  quantique est sérieusement considérée par certains chercheurs
                  actuels, tandis qu’elle était présentée comme ridicule quand le
                  physicien Roger Penrose la défendit à la fin des années 1980. J’ai
                  moi‑ même rapporté dans un éditorial du Point qu’elle était à l’étude
                  par la recherche, ce qui m’a valu d’être étrillé par une poignée de
                  scientifiques obtus, alors même que les études que je citais avaient
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                  été publiées ailleurs . Tout changement révolutionnaire, nous le
                  rappellerons, est perçu en trois étapes dans la société : ridicule,
                  dangereux, évident. S’il y a bien une chose que le cerveau n’aime
                  pas, c’est qu’on vienne déranger sa zone de confort.
                    Dans le cas du savant acquis, il me semble donc que le cortex
                  frontal se met soudainement à laisser parler des neurones à qui il
                  ne donnait pas la parole autrement. Certaines drogues, comme le
                  LSD, peuvent aussi nous donner un accès conscient à ces activités.
                  Dans le cas des hallucinations sous acide, des activités spontanées
                  d’aires cérébrales sensorielles, normalement tues par le contrôle
                  de notre cortex frontal, se frayent un accès à notre conscience. Si
                  nous savions donner la parole à la bonne population de neurones,


                    1.  La substance blanche est le fil conducteur le plus connu pour relier les neurones.
                    2.  L’argument du physicien Roger Penrose sur la possibilité d’un calcul quan‑
                  tique dans le cerveau humain est appelé « Orch  OR » pour « Orchestrated Objective
                  Reduction ». Voir entre autres Hagan, S., Hameroff, S. R. et Tuszyński, J. A., « Quantum
                  computation in brain microtubules : Decoherence and biological feasibility », Physical
                  Review  E  (2002), 65, 61901 ; Hameroff, S., « Quantum computation in brain micro‑
                  tubules? The Penrose‑ Hameroff “Orch OR” model of consciousness »,  Philosophical
                  Transactions of the Royal Society of London A : Mathematical Physical and Engineering
                  Sciences (1998), 1869‑1895 ; Hameroff, S., « Consciousness, neurobiology and quan‑
                  tum mechanics: The case for a connection » in The Emerging Physics of Consciousness,
                  Springer, 2006, p. 193‑253 ; Litt, A., Eliasmith, C., Kroon, F. W., Weinstein, S. et Thagard,
                  P., «Is the brain a quantum computer?» Cognitive Science (2006), 30, 593‑603 ; Reuell,
                  P., « Quantum computing, no cooling required »  Harvard Gazette, 2012 ; da Rocha,
                  A.  F., Massad, E. et Pereira, A.,  The brain  : fuzzy arithmetic to quantum computing,
                  Springer Science & Business Media, 2005.

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