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COMMENT PAyER QUELQU’UN AVEC DU PAPIER BLANC…
                    —  D’accord, directement là… Vous savez, j’ai un mal de tête
                  horrible, est‑ ce que vous savez ce qui est bon pour vous (il tend le
                                                                       1
                  papier blanc), ce que vous prenez pour vous sentir bien  ?
                    —  Qu’est‑ ce que c’est que ça ? »
                    Brown essaie alors d’embrouiller le vendeur.
                    « Vous savez que mon père a cinquante‑ quatre ans ?
                    —  Qu’est‑ ce que c’est que ça ?
                    —  Oui, vous pouvez garder la monnaie.
                    —  Non, ça, c’est quoi ? C’est blanc !
                    —  Pardonnez‑ moi. »
                    Le vendeur se met à rire, Brown lui tend de l’argent.
                    « Tenez. J’ai cru que vous alliez vraiment l’accepter.
                    —  Connard !
                    —  Merci, mon ami, au revoir. »
                    Plusieurs raisons semblent expliquer l’échec de Brown et on
                  pourrait les tester de manière expérimentale :
                    •  sa technique est moins travaillée, la tâche de navigation spa‑
                  tiale est moins compliquée que celle qu’il donne au bijoutier : il
                  aurait dû chercher un drugstore plus difficile d’accès ;
                    •  Brown ne reprend pas la suggestion utilisée pour le bijoutier :
                  « Ah, j’ai pensé à l’envers » ;
                    •  même si la vente est maigre (quelques dollars), le vendeur
                  de  hot‑ dogs se méfie davantage  : il est dans la rue, un milieu
                  plus hostile, où une plus grande vigilance est de mise. Contraire‑
                  ment au bijoutier, il ne s’imagine pas qu’il a mis Brown dans sa
                  poche ;
                    •  la phrase de persuasion de Brown est moins percutante, et
                  moins insistante : « Prends‑ le, c’est bon, c’est bon, c’est bon… »
                  semble plus efficace qu’un simple « Est‑ ce que vous savez ce qui
                  est bon pour vous ? » ;
                    •  de même, « J’ai un mal de tête horrible » est moins efficace
                  que « J’ai dû penser à l’envers » ;
                    Brown a une autre technique qui fonctionne, d’après lui, deux
                  fois sur trois . Elle consiste à entrer en contact avec quelqu’un et
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                    1.  En anglais, la formule est encore plus percutante  : « Do you know what’s good
                  for you to take so you can just take that and feel okay ? »
                    2.  Sachant qu’il sélectionne lui‑ même ses sujets selon son expérience de la suscep‑
                  tibilité, le ratio réel est probablement bien plus faible.

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