Page 33 - Le grimoire de Catherine
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leurs  ne sont pas les mêmes ! Bien  que certains m’ont avoué adorer  vos champs pour
              leurs galipettes printanières.

              Ils  savent  tant de  choses  que  nous ignorons, fréquentant tantôt les dieux camouflés
              derrière    les  nuages,    tantôt  les  hommes  bien    ancrés  dans  la  terre.  Ce  sont  des
              passeurs pour ceux qui veulent  bien les  écouter !

              Ah  si un jour les puissants pouvaient cesser  les cris, leurs batailles si vaines, le monde
              ne pourrait que mieux se porter ! Imaginez les trompettes de la guerre remplacées par
              les  arpèges du rossignol »
              Peut-être   ferai-je mieux  de me  dépasser sur les échasses dans  mon champ, pour
              côtoyer plus  souvent  ces petits porteurs de bonheur, ces musiciens célestes !

              «Euh ! Que pensez-vous du fait  que le champ  derrière  vous pourrait être un refuge
              pour  des inconnus ?
              - Je  savais  que l’homme  était un animal incomplet avec un doigt de raison et un zeste
              de  folie  comme  le  dit  un    grand    écrivain  mexicain,  mais    toi,  je  pense  que  tu    t’es
              échappé de la nef des fous ! »

              Je me sens  seul, très seul ! Si j’allais réfléchir, comme lorsque j’étais  encore un enfant
              dans
              la  forêt  toute proche.  Maintenant, mes peurs  de l’ogre  évacuées  je vais pouvoir  m’y
              enfoncer plus  profondément. Je marche,  je marche, je marche…

              Je  quitte  le  chemin  et  vais  là  où  j’entends  que    l’on  travaille    le  bois.    Je    croyais
              pourtant que cet espace était abandonné depuis  que la dernière tempête avait  mis à
              terre les grands  arbres.
              C’était, avait-on décidé, une  zone sinistrée,  inexploitable donc à  laisser à l’abandon.
              Les  subventions  distribuées,  avaient  servi  à    une  replantation  dans  un  espace    plus
              propice, là où peuvent  se  développer des essences planifiées,  homologuées par  des
              chasseurs de rentabilité. La  nature  au  cordeau !

              Ca  cogne contre l’écorce, un, deux … un  deux,  voilà  notre  homme, un  homme des
              bois,  un  bûcheron.  Il  a  tout  de  l’ermite,  son  allure  d’ascète,  ses  vêtements  hors  du
              temps et son regard porteur d’étoiles.
              « Quelle  surprise, une personne qui vient me voir, il y  a bien  longtemps je travaille
              pour sauver  le  peu de poésie  qui demeure  dans cette  forêt mais qui est  encore
              sensible aux  mystères tapis  au cœur des arbres ?  Pourtant  je persévère,  espérant
              qu’un jour des curieux  pourront admirer mes  sculptures.
              -  Je    cherche  ici  les    repères  de  mon  enfance  ,  j’y    ai  passé    tant  de  temps,  seul  à
              écouter  le  grand murmure  des branches  qui   craquent  certains   jours  comme  la
              coque  d’un bateau  face  aux  déferlantes.

              Aussi  aujourd’hui  que je cherche à savoir  qui  hante   mon  champ de  tournesols, je
              pense    qu’ici  je  pourrai  peut-être  mieux    réunir    mes    idées.  Je  suis  prêt    pour  la
              promenade».





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