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première décennie après la Seconde Guerre Mondiale est cruciale pour l'his-
toire du cinéma dans le monde francophone, notamment en ce qui concerne
les relations entre la France et ses colonies .
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Cependant, les essais du volume édité par Sherzer examinent
presque entièrement les films français pour leur reconstruction de l'expé-
rience coloniale pour les publics français. Sherzer soutient que les films
les plus récents (principalement de la période post-coloniale) cherchent à
« sensibiliser les spectateurs français au passé colonial, et qu'ils ont un im-
pact sur la formation d'une mémoire collective commune des colonies ».
Ils sont, conclut-elle, « les seuls [vrais] films coloniaux ». Comme pour
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Slavin, la question demeure: Qu'en est-il du public africain? Le consom-
mateur d'images cinématographiques est ici strictement français et le sujet
à représenter est la « France » dans le contexte colonial. Jeancolas suit cette
même trajectoire pour revenir à la métropole, bien qu'il se concentre plus
explicitement sur le rôle de l'État français dans la promotion de la coopéra-
tion culturelle (y compris le cinéma) avec les anciennes colonies. Il consi-
dère que les cinéastes français postcoloniaux ont pris « le rôle d'agitateurs »
en remettant en question les connaissances reçues sur le passé colonial de
la France . On reconnaît donc le moment important des années 1950 dans
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l'histoire de la pratique cinématographique dans le contexte colonial sans
analyser les changements réels dans la représentation et leur impact dans
les colonies, comme en Afrique occidentale française. Le gouvernement
impérial de la Fédération était de plus en plus concerné et impliqué dans la
construction des types d'images qui circulaient vers les africains et sur
l'Afrique vers le monde extérieur. L'histoire s'aventure maintenant dans la
période d'avant-guerre pour examiner les types de représentations qui ont
commencé à agiter les responsables coloniaux après 1945 et qui ont généré
un changement de mandat dans la représentation des/aux africains.
Le cinéma colonial dans les colonies
Le décret de Laval de 1934 qui, pour la première fois, a érigé
l'échafaudage autour duquel une politique cinématographique pour l'empire
serait construite, a fourni les bases sur lesquelles l'État colonial pouvait
s'aventurer pour la première fois dans des débats sur la « représentation » à
l'écran. Dans la quatrième partie du décret, les différentes commissions de
censure mises en place par la loi sont informées que leurs délibérations doi-
vent « prendre en considération l'ensemble des intérêts nationaux et locaux
en jeu et notamment l'intérêt de la conservation des mœurs et des traditions
nationales et locales ». Avec ce vaste mandat, les fonctionnaires coloniaux
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