Page 52 - Livre2_NC
P. 52
James E. Genova / Le régime colonialiste 43
l'enseignement colonial en Afrique équatoriale française selon laquelle les
films de divertissement destinés au public africain obtiendraient un grand
succès s'ils faisaient intervenir « un certain nombre d'acteurs de couleur »
n'est pas allée plus loin que les bureaux du ministère des Colonies . Les
26
principaux obstacles à un réel mouvement dans le domaine de la représen-
tation au cinéma avant la Seconde Guerre Mondiale semblent être le
manque de personnel dû aux coupes budgétaires pendant la Grande Dépres-
sion, le manque de ressources financières et la préoccupation compréhen-
sible des dirigeants français face aux nuages de guerre qui s'accumulent en
Europe.
Malgré l'initiative de propagande entreprise par la France de
Vichy pendant la guerre, il n'y a toujours pas eu d'impact très significatif
sur la modification du terrain de la représentation. L'influence de l'idéologie
de la Révolution Nationale dans le domaine de la production cinématogra-
phique fut assez limitée en Afrique de l'Ouest et ne s'aventura guère au-delà
de ce que les fonctionnaires coloniaux d'avant-guerre avaient déjà esquissé
dans leurs mémorandums internes . Le seul changement notable dans le
27
schéma des films autorisés, censurés ou interdits fut en termes d'orientation
politique perçue ou d'utilité des films en question. Le sort de deux films est
emblématique des changements intervenus entre la France de la Troisième
République, Vichy et la Quatrième République. Le premier est L'héroïque
embuscade, un film allemand (Der Rebell) sorti en décembre 1932 et met-
tant en vedette Luis Trenker dans le rôle d'un étudiant en médecine qui
rentre chez lui dans la région du Tyrol pour découvrir que sa mère et sa
sœur ont été assassinées par les troupes d'invasion de Napoléon. Le per-
sonnage de Trenker, Severin Anderlan, devient un résistant à l'occupation
étrangère. Le film est un récit classique d'héroïsme face à l'adversité, célé-
brant les idéaux de liberté et d'action contre l'oppression. Ironiquement, sa
première projection à Berlin a eu lieu le 17 janvier 1933, treize jours seu-
lement avant qu'Adolph Hitler ne soit nommé chancelier, l'incarnation
même de l'antithèse des vertus prônées par le film . COMACICO a im-
28
médiatement repris le film et l'a projeté dans ses salles en Afrique de l'Ouest
au cours des années 1930, où il a réussi à passer l'examen de la censure
malgré son thème potentiellement anti-français. Peut-être a-t-il survécu
grâce à une combinaison de négligence (j'ai commenté plus haut le manque
de soutien structurel pour les règlements promulgués au sommet de la hié-
rarchie administrative) et au fait que la position d'Anderlan était en accord
avec les valeurs putatives de la Troisième République. Napoléon pouvait
être lu comme un tyran monarchique qui subvertissait les idéaux républi-
cains de la Révolution. Étonnamment, les fonctionnaires coloniaux ne