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             et dans les pays étrangers (la date de sortie aux États-Unis était avril 1942
             32 ). Cependant, les sables mouvants des images approuvées dans le domaine
             de la « représentation » à la fin de la période coloniale signifiaient que ces
             représentations auparavant acceptables ne correspondaient plus aux types
             de messages que les fonctionnaires français voulaient transmettre au public
             africain. En 1949, après dix années fructueuses de projections non censurées
             dans la Fédération, le film est interdit. Pour expliquer sa décision, la Com-
             mission du cinéma déclare : « [Elle] a estimé que le film » « L'Esclave
             blanche « était de nature à offenser les mœurs et les traditions des popula-
             tions islamisées des territoires  ». Il s'agit là d'une indication précoce de
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             l'intérêt perplexe du gouvernement colonial pour l'Islam en tant que force
             anticoloniale puissante. C'est encore plus surprenant si l'on considère que
             l'interdiction a eu lieu au milieu de la répression massive de la RDA pour
             ses supposées sympathies « communistes ».
                       Le sort  de  L'Esclave  Blanche  reflète  à la fois  un  effort  plus
             concerté de la part de l'administration coloniale pour contrôler l'éventail
             des représentations disponibles pour les publics africains dans le domaine
             cinématographique et un changement dans les types d'images jugées accep-
             tables dans le cadre de la mission changeante de l'impérialisme français.
             L'appareil colonial a érigé une structure dense de contrôle de la distribution
             des films après 1945, au centre de laquelle se trouvait la Commission Fé-
             dérale de Contrôle Cinématographique (CFCC), fondée en 1954. Cepen-
             dant, au-delà de la censure des films produits par des cinéastes indépendants
             (la dimension réactionnaire de la politique cinématographique incarnée par
             le décret Laval de 1934), l'État colonial s'est aventuré dans des mesures
             proactives pour générer des films porteurs de la « vérité » qu'il voulait at-
             teindre les spectateurs africains ainsi que les consommateurs extra-africains
             de films. L'année où L'Esclave Blanche a été retiré des écrans d'Afrique de
             l'Ouest, Paysans Noirs (de Georges Régnier, 1948, France), le film basé
             sur le roman du même titre écrit en 1931 par l'administrateur colonial et
             ethnographe Robert Delavignette, est sorti sur les écrans et a été acclamé
             par toute la hiérarchie impériale comme un modèle du genre de films qui
             devraient être réalisés et soutenus par le complexe industriel cinématogra-
             phique de la Fédération.

             La « réalité » et la représentation à l'écran

                       Au début des années 1950, période durant laquelle la France dé-
             veloppe une politique cinématographique pour les territoires d'outre-mer,
             André Bazin écrit : « L’image est évaluée non pas en fonction de ce qu'elle
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